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Jean-Rémi Tomasini Ostéopathe D.O. · Lannion
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Emma a compris qu’elle n’était pas qu’un arbre

Comment une crossfitteuse de 25 ans a fait baisser 8 ans de douleur d’épaule en faisant moins.

Hier matin, j’ai eu un message d’Emma.

Emma a 25 ans, elle fait du CrossFit depuis un an et demi, et avant qu’on commence à bosser ensemble, elle avait mal à l’épaule depuis huit ans. Huit ans. Pas une douleur lancinante en arrière-plan mais une douleur qui pouvait monter à 8 sur 10, qui la bloquait sur des mouvements de gym, qui revenait en marchant trop longtemps, en restant trop assise.

Elle avait essayé tout ce qu’un sportif essaie. Étirements. Repos. Anti-inflammatoires... Plein de choses.

Et au début, on se voyait pour des consultations. Je lui faisais une manipulation au niveau de l’épaule, ça la soulageait sur le coup. Elle revenait. Ça repartait. Logique, on traitait le symptôme, pas le contexte.

Et puis pendant les 24h Rameur du CrossFit Lannion, une kiné présente sur place lui dit “mais pourquoi tu fais pas le suivi mobilité avec Jihair ?”. Et là Emma me contacte. On commence le programme.

Le truc, c’est que ce qu’elle me raconte aujourd’hui, après quelques mois de boulot, ça illustre exactement ce que je veux que tu comprennes si tu me lis pour la première fois.


Au premier bilan, on regarde son entraînement. CrossFit six jours sur sept. Le dimanche, course à pied. Donc sept jours sur sept. Elle dort correctement, mais pas énormément. Et elle a cette douleur qui vit avec elle en continu, qui peut monter à 8 sur 10 selon les jours.

Je lui dis quelque chose de simple. Là d’ici la prochaine fois, essaie de descendre à quatre fois. Tu te laisses un ou deux jours de repos. On voit ce que ça donne.

Quelques semaines plus tard, elle revient. Et elle me dit “putain c’est dingue, je sens que j’ai beaucoup plus de patate.”

Le plus est l’ennemi du mieux.

Elle progressait moins en faisant plus. Et elle progresse plus en faisant moins. Et en bonus, la douleur d’épaule, elle baisse. Pas parce qu’on a touché à l’épaule. Parce qu’on a touché au contexte autour de l’épaule.


Pendant cette période, on a aussi identifié un mouvement de mobilité ciblé qui lui fait un bien fou sur la zone entre l’omoplate et le rachis — là où sa douleur revenait sans cesse. Depuis qu’elle l’a, elle n’a plus besoin de moi pour la manipulation. Elle gère elle-même.

Tu vois la bascule ? On est passés de “Jihair, tu peux me manipuler l’épaule, je crois que j’ai fait un faux mouvement ?” à “j’ai mal, je sais quoi faire pour me soulager.”

C’est ça, le vrai produit. Pas la manipulation. La compétence à gérer son propre corps.


Et puis arrive le troisième bilan. Elle me dit que les douleurs sont remontées un peu ces derniers temps. On creuse, on regarde son contexte. Et elle me dit elle-même : “je crois savoir pourquoi. Y a eu quelques couacs perso, des trucs qui me prennent un peu la tête. Je dors moins bien. Et là, j’ai un peu plus mal.”

Elle l’a vue toute seule, la corrélation. Stress émotionnel → mauvais sommeil → douleur qui remonte.

Trois mois plus tôt, elle aurait dit “j’ai mal, je suis bloquée, faut que tu me la remettes.” Là, elle dit “j’ai mal parce qu’il y a ça, ça et ça qui se passe dans ma vie en ce moment, et voilà ce que je peux faire.”

C’est ce moment-là qui m’a fait écrire ce mail.


Parce que ce qui s’est passé chez Emma, c’est exactement ce que la science explique depuis vingt ans et que personne n’arrive à faire passer aux sportifs.

La douleur n’est pas une mesure de l’état de tes tissus. C’est une perception de menace. Ton cerveau ne te dit pas “il y a un truc qui s’abîme”. Il te dit “j’estime qu’il y a un risque, et en attendant je te ralentis.”

Et pour faire son estimation, il regarde plein d’entrées en même temps : l’état des tissus, oui, mais aussi le sommeil de la nuit dernière, ton niveau de stress chronique, la charge cumulée des dernières semaines, ton humeur, ta fatigue.

Concrètement ça donne quoi.

Tu fais ton strict press le mardi à 60 kg. Aucune douleur. Le samedi tu refais 60 kg, ton épaule te lance. Le tissu, c’est le même. Ton cerveau, lui, n’a pas la même lecture du contexte. Entre temps, t’as enchaîné trois mauvaises nuits, une semaine de boulot tendue, et un WOD intensif de jeudi.

C’est ça que ça veut dire, pas qu’un arbre. Un arbre c’est figé. Toi tu es un système vivant qui s’adapte en continu. (bon ce qu’elle voulait dire c’était surtout qu’elle a récupérer plus d’aisance dans le mouvement, j’ai peut être sur interprété !) Ta douleur, elle te parle de ce système-là, pas juste d’un tendon ou d’une vertèbre.


Et c’est là qu’arrive l’équation qui change tout. Une seule formule, qui marche pour n’importe quelle douleur de sportif, n’importe quand.

Douleur = charge − capacité × perception de menace.

Quand la charge dépasse la capacité, ça fait mal. Toujours. Et pour faire baisser cette équation, t’as deux options.

Soit tu réduis la charge. C’est ce que tout le monde fait par réflexe : tu te mets au repos. Ça soulage sur le coup, mais ça ne fait pas progresser ta capacité. Tu reprends à un niveau plus bas, donc dès que tu remontes, ça repart.

Soit tu augmentes ta capacité. Et là c’est plus intéressant, parce que ta capacité, elle dépend de plusieurs leviers : ton sommeil, ta gestion du stress, ton renforcement musculaire, ta mobilité, ta compréhension de comment ton corps fonctionne.

Tu vois la différence ? Le repos te ramène en arrière. La capacité te fait avancer.


Chez Emma, c’est exactement ce qu’on a fait. Pas sur un seul levier mais sur tous en même temps.

Le sommeil. Réduire l’entraînement à quatre fois par semaine, ça lui a permis de récupérer mieux. Ses tissus ont eu le temps de se reconstruire. Sa capacité tissulaire a augmenté.

Le stress. Quand elle a vu elle-même que ses pics de douleur correspondaient à ses semaines tendues, elle a pu agir dessus directement.

La mobilité ciblée. Pas pour devenir souple façon yoga. Pour gagner de l’amplitude active dans la zone qui posait problème, et lui donner les moyens de se soulager elle-même quand la douleur remontait.

Le renforcement. Une fois l’amplitude gagnée, on a cherché à mettre du contrôle dans cette nouvelle amplitude. Puis de la force. Puis de l’explosivité spécifique à ses objectifs CrossFit. C’est pour ça qu’aujourd’hui on commence à voir des tractions négatives apparaître dans ses séances.

La compréhension. Et c’est probablement le levier le plus puissant. Parce qu’aujourd’hui Emma sait pourquoi elle a mal quand elle a mal, et elle sait quoi faire. Elle est passée de subir sa douleur à piloter son rapport au signal.

C’est jamais qu’un seul levier qui suffit. C’est tout ça ensemble.


Si on n’avait fait que du mécanique sur Emma, si on s’était contentés des manipulations qui marchaient sur le coup, on serait peut-être arrivés à un demi-résultat. Sa capacité aurait un peu monté, sa charge perçue serait restée la même. La douleur aurait baissé un peu, mais elle serait revenue à la première semaine tendue, à la première mauvaise nuit, à la première semaine intensive.

Parce qu’on n’est pas des machines. On est bio-psycho-social. Quand tu dors mal, c’est pas juste tes tissus qui récupèrent moins. C’est ton cortisol qui monte, ton seuil de douleur qui baisse, ton humeur qui s’altère, tes interactions sociales qui deviennent plus tendues, ton anxiété qui monte d’un cran, et donc ton sommeil qui se dégrade encore. Les trois sphères tournent ensemble. Tu peux pas en isoler une.


Donc voilà ce que je voudrais que tu retiennes si tu me lis pour la première fois.

Quand tu as une douleur qui revient, ton premier réflexe c’est probablement “qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce qui est cassé, qui peut me remettre en place ?”. C’est normal. C’est ce qu’on t’a appris à penser pendant trente ans.

Mais regarde aussi le contexte. Ton sommeil ces dernières semaines. Ton niveau de stress. Ta charge d’entraînement cumulée. Tes interactions, ta vie. Très souvent, la réponse est là. Pas dans une vertèbre déplacée ni dans un tendon abîmé.

Et si tu as une douleur chronique qui revient toujours au même endroit malgré tout ce que t’as essayé, c’est probablement parce que personne n’a regardé l’équation en entier avec toi.


Bonne semaine.

Jihair


P.S. — Si tu veux qu’on regarde ensemble ce qui se passe chez toi, j’ai trois places de bilans gratuits cette semaine. 30 min en visio, on creuse ta situation, je te donne 2-3 leviers concrets que tu peux appliquer dès la semaine d’après. Si on matche pour aller plus loin ensemble, je te montre comment.

Cet article a été publié initialement sur ma newsletter, Axone.

Une douleur qui traîne, une question sur votre corps ?

Ces articles ne remplacent pas un bilan. Si quelque chose vous inquiète, on en parle en consultation.

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