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Jean-Rémi Tomasini Ostéopathe D.O. · Lannion
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La charge n’est pas ton ennemie, c’est l’écart

Pourquoi un coureur se fait mal sur 30 bornes, pourquoi tu as mal en ramassant un stylo, et ce que ça dit de ton corps.

Hello,

Mon cabinet est installé dans une salle de CrossFit. Mes patients traversent la zone d’entraînement pour venir me voir. Ils passent devant les barres, les gens qui chargent, les WODs qui défilent. Et presque à chaque fois, la même remarque : “Ça doit faire mal au dos à pas mal de monde ici, non ?”

Non.

La réponse est non. Ces gens chargent lourd toute la semaine et la plupart vont très bien. Parce que la charge, quand elle est gérée, ne fait pas mal.

La charge n’est pas l’ennemie, c’est l’écart qui parle.

On regarde de quel écart il s’agit, et comment tu peux le surveiller sans devenir parano.


Le modèle tient en une phrase

Ta douleur, c’est presque toujours un rapport entre deux choses : ce que tu demandes à ton corps, et ce qu’il peut encaisser.

Ce que tu demandes, c’est la charge. La somme de ce que tu as fait, combien de temps, à quelle difficulté, et dans quel contexte de vie.

Ce qu’il peut encaisser, c’est ta capacité.

Tant que ta capacité suit, tout va bien. Le jour où la charge passe loin devant, ton corps allume une alarme pour te dire qu’il y a un truc à revoir. Cette alarme, c’est la douleur.

Et comme toute alarme, elle monte par paliers. Tu vois quand tu démarres ta voiture sans ceinture ? Au début ça fait un petit bip de rien. Puis ça insiste. Puis ça sonne en continu. La douleur, c’est le bip en continu. Mais avant, ton corps t’a envoyé des signaux plus discrets : un sommeil qui se dégrade, l’appétit en berne, plus d’irritabilité, une fatigue qui ne part pas avec une bonne nuit. On en a déjà parlé ici, le sommeil est souvent le premier à se dérégler, parfois quelques jours à quelques semaines avant que la douleur arrive.

La charge n’est pas l’ennemie. C’est l’écart entre ce que tu demandes et ce que tu peux encaisser qui crée la douleur.


Deux visages : le pic et l’accumulation

La charge te fait mal de deux façons. Elles n’ont rien à voir.

Le pic : tu en demandes trop d’un coup

Un sportif que j’ai suivi courait tranquille, 5 km par sortie, régulier. Et un jour il se dit : tiens, je me tente 30 bornes. Le lendemain, il a mal.

Le truc, c’est que 5 et 30 km, ça ne se court pas du tout pareil. Son corps n’avait jamais été préparé à encaisser un tel saut. Il a demandé d’un coup quelque chose qu’il ne demande jamais, et sa capacité du moment n’a pas suivi. Il a eu de la chance, il s’est fait mal sans se blesser. Mais le mécanisme est là : un pic ponctuel, très au-dessus de l’habitude.

L’accumulation : tu en demandes trop pendant trop longtemps

L’autre cas, c’est l’inverse, et tout le monde l’a déjà vécu. Tu te penches pour ramasser un stylo et bam, le dos coince. Ou tu te réveilles un matin avec mal, sans rien avoir fait de spécial la veille.

J’ai suivi une athlète qui préparait une compétition. Elle soulève une charge qu’elle a largement l’habitude de soulever, rien d’inhabituel, et là son corps dit stop. Une douleur nette à l’arrière de la cuisse, assez pour la sortir de la compé.

Ce n’est pas la barre qui l’a trahie ce jour-là. Pendant des semaines, elle avait demandé à son corps plus qu’il n’arrivait à récupérer. Le différentiel s’est creusé doucement, sans bruit. Et un jour, sur un geste banal, le vase a débordé. Le signal est juste sorti au moment où le réservoir était enfin vide.

Quand tu as mal sans cause apparente, ce n’est pas un mystère. C’est de l’accumulation qui ressort sur un geste anodin.

Dans les deux cas, retiens bien une chose : le geste n’est qu’un révélateur, pas la cause. Ce qui compte, c’est la capacité. Et une capacité, ça se construit. Tu mets de la charge, progressivement, régulée, et ton corps apprend à encaisser de plus en plus. C’est comme ça qu’un jour tu fais l’extension de ta maison tout un week-end sans que ton dos bronche, alors que tu n’avais jamais touché une truelle.


La charge, ce n’est pas que de la mécanique

Traditionnellement, on calcule la charge d’entraînement simplement : la durée de l’effort multipliée par la difficulté ressentie. Tu t’es entraîné une heure, c’était dur, tu obtiens un chiffre.

Le problème de ce calcul, c’est qu’il ne regarde que le mécanique. Or le mécanique, c’est à peine un tiers de ta douleur.

Ta douleur est ce qu’on appelle biopsychosociale. En clair : un tiers vient de la biologie, tes tissus et ta mécanique. Un tiers vient du mental, ton stress, ta charge de tête. Et le dernier tiers est social : ton sommeil, tes relations, ce que te disent tes proches. Ce ne sont pas des proportions exactes au gramme près, mais ces trois composantes sont toujours là. Toujours. Une douleur passe toujours par la tête.

Donc mesurer ta charge en ne regardant que le mécanique, c’est mesurer à moitié. Tu peux t’entraîner pile pareil deux semaines de suite et déguster bien plus la semaine où tu as mal dormi, où le boulot débordait, où la tête était ailleurs.

Tu n’es pas qu’un tendon qui soulève une barre. Et ta douleur ne se lit pas qu’avec un chronomètre.

Si tu débarques sur Axone, c'est exactement ce que je fais ici chaque semaine : t'expliquer comment ton corps fonctionne vraiment, sans jargon et sans te faire flipper. Abonne-toi, c'est gratuit, tu ne rateras rien.


Du coup tu fais quoi : oublie les calculs, observe

Il existe des calculs pour ça. On peut chiffrer la charge d’une séance (durée fois difficulté ressentie), additionner les semaines, comparer ta semaine récente à ton mois pour voir si t’as forcé. Les sportifs de haut niveau et leurs préparateurs bossent avec des outils dédiés pour ça.

Honnêtement ? Pour toi, c’est trop chiant et trop bancal à mettre en place seul. Tu dois noter, calculer, recommencer chaque jour, et tu finis par passer plus de temps sur ton tableur que sur ta récup. Moi-même je ne le fais pas, et je ne suis pas convaincu que ça change grand-chose à ton quotidien.

Ce que je propose à la plupart des gens que je suis est beaucoup plus simple. Pas de calcul, juste de l’observation. Un journal de douleur.

Le journal de douleur, sept jours

Chaque jour, pendant sept jours, tu notes : ta douleur sur 10, ton sommeil, ta fatigue, ton stress, tes courbatures. Tu ajoutes deux mots de contexte : ce qui a augmenté la douleur, ce qui l’a soulagée.

Et au bout d’une semaine, un motif se dessine tout seul. Tu vois que le jour où tu étais à 2/10, t’avais super bien dormi, peu de stress, une séance qui t’a fait plaisir. Et que le jour à 8/10, t’avais bien bossé à la salle, mais une nuit pourrie derrière. Tu ne devines plus, tu vois.

Tu sais déjà que quand tu as mal, c’est qu’il y a eu trop de charge. Le journal te dit autre chose : il te montre ce qui, dans TON contexte, pèse le plus sur ta douleur. Et donc sur quoi agir en premier.

Je te joins le journal dans cette édition.

Quand tu as mal, tu sais déjà que la charge a dépassé la capacité. La vraie info, c’est de savoir ce qui a creusé l’écart.


Pour résumer

  • Ta douleur, c’est un rapport entre ce que tu demandes à ton corps et ce qu’il peut encaisser.

  • La charge n’est pas l’ennemie. Bien gérée, elle construit ta capacité. C’est l’écart qui parle.

  • Deux façons d’avoir mal : le pic (trop d’un coup) et l’accumulation (trop pendant trop longtemps).

  • Le mécanique, c’est un tiers de ta douleur. Le sommeil, le stress et le contexte font le reste.

  • Pour t’y retrouver, pas besoin de calculs compliqués : un journal de douleur sur sept jours suffit largement.

Une douleur, ce n’est pas une sentence. C’est une info sur ton écart charge / capacité. Et un écart, ça se rattrape.

Tu ne cherches pas à fuir la charge. Tu cherches à construire la capacité qui va avec.


Ce que tu fais cette semaine

Prends le journal de douleur joint à cette édition. Remplis-le pendant 7 jours, à partir de demain. Rien d’autre.

Au bout d’une semaine, regarde ce qui ressort. Tu vas être surpris de voir à quel point ta douleur suit ton sommeil et ta charge bien plus que tu ne le crois.

Réponds-moi ensuite, raconte-moi ce que tu as vu. Je lis tout.

La prochaine édition : repos actif contre repos passif. Quand bouger léger te récupère mieux que de ne rien faire, et quand c'est l'inverse. Si ton jour off c'est canapé et rien d'autre, tu vas vouloir lire celle-là.

Abonne-toi pour ne pas la louper. Une édition par semaine, toujours la même logique : comprendre ton corps avant de le forcer.

Si t’as un pote qui se prend la tête à chercher pourquoi il a mal alors qu’il “n’a rien fait de spécial”, transmets-lui ça. Il va comprendre.

À la prochaine,

Jihair | Axone

Cet article a été publié initialement sur ma newsletter, Axone.

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Ces articles ne remplacent pas un bilan. Si quelque chose vous inquiète, on en parle en consultation.

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