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Jean-Rémi Tomasini Ostéopathe D.O. · Lannion
Tous les conseils

Le placebo a un cousin dont personne ne parle

Pourquoi une phrase peut entretenir ta douleur aussi sûrement qu’un traitement peut la soulager.

Hello,

Pendant des années, ma grand-mère a eu du mal à se lever. Se mobiliser, marcher jusqu’à la cuisine, ça devenait une épreuve. Autour d’elle, on répétait toujours la même chose. “De toute façon elle est fichue, à son âge on n’y peut rien.” Personne ne disait ça méchamment. C’était même dit avec tendresse. Sauf que ça rentrait.

Et puis elle est partie en établissement. Là-bas, elle est tombée sur un kiné à l’écoute, qui la faisait bouger, qui lui montrait des choses concrètes, qui lui parlait autrement. Quelques semaines plus tard, elle se levait. Toute seule.

Rien n’avait changé dans son corps entre les deux. Ce qui avait changé, c’était ce qu’on lui disait. Et ce qu’elle finissait par se dire à elle-même.

Aujourd’hui je veux te montrer pourquoi une phrase peut avoir un effet réel sur ce que tu ressens, et comment t’en servir.


Le placebo, ce n’est pas de la magie, c’est la moitié du soin

Je suis ostéopathe. On reproche souvent à ma discipline ses débuts peu scientifiques, parfois proches de la sorcellerie. C’est vrai. Et aujourd’hui encore, une grande partie de ce qui soulage en cabinet ne vient pas de la technique elle-même. Ça vient de tout ce qu’il y a autour. Le contexte, la relation, les mots. On appelle ça les effets contextuels, et dans n’importe quel soin humain, ils pèsent lourd. Une bonne moitié, souvent plus.

Le placebo, ce n’est pas nouveau. Dès la Grèce antique, du temps d’Hippocrate, un remède était jugé efficace surtout quand il ne tuait pas. La plupart des gens qui allaient mieux allaient mieux tout seuls, le corps faisant son travail. Le reste du temps, ce qui soignait, c’était surtout la croyance dans le remède.

Un remède qui ne soigne rien peut quand même te faire du bien. Tout dépend de ce que tu crois en le prenant.


Ce que ton soignant te dit agit sur ce que tu ressens

Voilà une idée qui est aujourd’hui solide en science de la douleur. La douleur est biopsychosociale. Traduction: elle a une part biologique, une part psychologique, et une part liée à ton environnement et à tes relations. Et ces deux dernières comptent énormément. Sur une douleur qui traîne, elles pèsent souvent bien plus que le tissu lui-même.

Du coup, le meilleur outil pour agir dessus, ce n’est pas toujours un geste technique. C’est l’explication et la conversation. La façon dont un soignant te raconte ce qui se passe dans ton corps.

Prends deux versions de la même consultation.

Dans la première, on te balance un mot qui sonne définitif, un diagnostic livré avec un vocabulaire dur, sans rien expliquer. Tu ressors avec l’impression d’être en sursis. Ton niveau d’inquiétude grimpe. Et une personne inquiète met moins de choses en place pour aller mieux, parce qu’au fond elle se dit que c’est perdu d’avance.

Dans la seconde, on prend le temps de t’expliquer comment fonctionne ta douleur, ce qui l’entretient, ce sur quoi tu as la main. Tu ressors en te disant “ok, je peux agir”. Tu deviens acteur. Tu es déjà à moitié sorti d’affaire.

Le même corps, la même situation. Deux phrases différentes. Et deux trajectoires qui n’ont plus rien à voir.

C’est ce qu’on appelle la communication thérapeutique. Une manière de parler qui se veut soignante. On garde exactement le même sens, la même vérité médicale, mais on choisit des mots qui apaisent au lieu de mots qui mettent en alerte.

Et pour ceux qui me disent que tout ça, c’est du placebo sans effet réel, oui, c’est du placebo. Et c’est justement ce qui pèse la moitié du soin. Ce n’est pas rien, c’est l’essentiel. C’est de la manipulation, au sens propre du terme, mais dans le bon sens: on guide le cheminement de pensée de la personne pour l’empêcher de basculer dans le catastrophisme.

On opère aujourd’hui des patients sous hypnose. Couramment. Tu imagines l’effet d’une phrase bien placée sur une douleur du quotidien.


Le placebo a un cousin, et lui fait beaucoup moins rire

Ce cousin, c’est le nocebo.

Si le placebo peut te faire du bien sans principe actif, le nocebo peut te faire du mal exactement de la même façon. Une phrase, une croyance, une peur, et ton corps se met à produire du symptôme.

On raconte une histoire, du temps d’Hippocrate. Un médecin se trompe de dossier. Il annonce à une personne qu’elle a attrapé une maladie très grave, très redoutée. Sauf que ce n’était pas elle. Erreur de nom. La personne, elle, ne le savait pas. Et elle en est morte. Elle y a cru, son système a suivi. L’histoire est sûrement enjolivée avec le temps, mais le mécanisme, lui, est réel.

Et ma grand-mère, avant l’établissement, elle vivait un petit nocebo au quotidien. À force d’entendre “elle est fichue”, son corps intégrait qu’il n’y avait rien à faire. Le jour où le discours autour d’elle est devenu rassurant et factuel, le nocebo n’a plus pris. Elle a pu se relever.

C’est exactement ce que je vois en accompagnement. Avec Emma, avec Corinne, on a obtenu de vrais résultats sur la mobilité et la reprise, beaucoup d’amplitude gagnée, de la régularité, de l’autonomie. Et une bonne partie du travail, ça a été de changer ce qu’elles se racontaient sur leur propre corps. De remettre de la responsabilité et de l’espoir là où il y avait de la résignation. Si tu veux voir à quoi ressemble ce cheminement, c’est ce qu’on fait dans Phoenix: six mois pour comprendre ta douleur et reprendre la main sur ton corps.

Le nocebo, c’est le placebo à l’envers. Même mécanisme, direction opposée.

Je te mentirais si je te disais que je maîtrise ça à la perfection. Il m’est arrivé de lâcher au cabinet une phrase un peu alarmiste sans même m’en rendre compte sur le moment. J’ai vu le visage de la personne se fermer d’un coup. J’ai rattrapé le tir tout de suite, reformulé, rassuré, et elle est repartie beaucoup plus sereine. Mais ça m’a marqué. Un mot de travers, et tu vois l’effet en direct.


Ce que ça change pour toi, dès cette semaine

Parce que tout ça ne concerne pas que les soignants. Ce que tes proches te disent, et surtout ce que tu te dis à toi-même, agit sur tes sensations et sur ta vie.

Deux leviers concrets.

1. Le discours que tu tiens aux autres

Il y a un truc qu’on a tous remarqué. Tu dis quelque chose à quelqu’un, et plus tard tu l’entends le répéter à sa façon. L’idée s’est ancrée. Parce que l’image lui a plu, parce qu’elle s’est sentie comprise. C’est comme ça que les idées circulent, et c’est un effet papillon. Si tu parles de ton corps de façon apaisée et lucide, cette manière de voir se diffuse autour de toi. Tes proches, puis les leurs.

En pratique, avec les gens que j’accompagne, je fais en sorte qu’ils formulent eux-mêmes, à voix haute, qu’ils vont faire leurs exercices. Ce simple fait de s’engager verbalement augmente nettement les chances qu’ils tiennent le cap. Ensuite, on met en place des petits retours réguliers pour qu’ils s’auto-encouragent. Et une fois lancés, ils continuent, parce qu’ils ont commencé. L’engagement fait le reste.

2. Le discours que tu te tiens à toi-même

C’est le plus important, et le plus négligé.

Si tu te répètes en boucle “de toute façon je ne vaux rien”, ça finit par teinter tout ce que tu penses de toi. Les idées qu’on entend souvent, d’où qu’elles viennent, finissent par rentrer. Ça marche dans les deux sens.

Alors entraîne-toi à regarder le positif. Ce n’est pas du déni sur ce qui ne va pas. C’est une gymnastique. Au début c’est pénible, comme les premières sorties quand tu te remets à courir. Puis ça devient naturel. Plus tu t’émerveilles des petites choses, plus tu vois le bien autour de toi, plus tu es apaisé et moins tu es sous tension.

On te vend de la peur en continu, surtout à l’heure des réseaux. Prends du recul par rapport à ça. La même vigilance vaut pour ta séance: la prochaine fois que tu te surprends à penser “je vais encore me louper”, reformule avant même de charger la barre.

Si tu veux avoir de l’impact sur le monde, commence par avoir de l’impact sur toi.


Pour résumer

  • Dans un soin, une grande partie de ce qui te soulage vient du contexte et des mots, pas seulement de la technique.

  • La douleur a une forte dimension psychologique et sociale, et l’explication qu’on te donne agit dessus.

  • Le nocebo, c’est le placebo à l’envers: une phrase inquiétante peut entretenir un symptôme.

  • Ce que tes proches te disent, et surtout ce que tu te répètes, façonne tes sensations.

  • Reformuler, s’engager à voix haute, regarder le positif: ça se travaille comme un muscle.

Une phrase peut te soulager ou te plomber. La bonne nouvelle, c’est que tu as la main sur une partie de ces phrases: les tiennes.

Change tes mots avant de vouloir changer ton corps. Souvent, le reste suit.


Ce que tu fais cette semaine

Un seul exercice. Cette semaine, attrape une phrase que tu te répètes sur ton corps ou sur toi, une phrase inquiète, et reformule-la en version juste et apaisée. Sans mentir, sans nier. Juste plus honnête envers toi-même. Fais-le une fois par jour et observe ce qui bouge.

Réponds-moi ensuite pour me dire quelle phrase tu as changée. Je suis curieux de lire ça.

La semaine prochaine: pourquoi ton corps déclenche une alarme dès que tu reprends après une pause, alors qu’il ne risque rien. Et comment couper ce faux signal.

Transmets cette édition à quelqu’un qui s’est déjà entendu dire “à ton âge c’est normal” ou “tu vas devoir vivre avec”. Il comprendra pourquoi ça l’a plombé.

À dimanche,

Jihair | Axone


Référence citée

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, sur l’engagement et l’influence dans les interactions du quotidien.

Cet article a été publié initialement sur ma newsletter, Axone.

Une douleur qui traîne, une question sur votre corps ?

Ces articles ne remplacent pas un bilan. Si quelque chose vous inquiète, on en parle en consultation.

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