Plus tu stresses, plus t’as mal
Comment briser le cercle douleur-stress avant qu’il t’empêche de t’entraîner.
Hello,
Hier en cabinet, une patiente me parle de son chien. 30 kilos. Elle s’entraîne plus depuis un an, elle se sait diminuée, du mal à porter des trucs au quotidien. Et puis urgence. Le chien doit être déplacé. Elle le prend dans ses bras. Elle marche. Plusieurs mètres.
30 kilos. Elle ne savait pas qu’elle pouvait.
Son corps, lui, savait.
C’est l’adrénaline. C’est le stress. Ton meilleur allié, en théorie.
En pratique, c’est aussi ce qui te fait mal depuis six mois.
On décortique le paradoxe, et tu repars avec 5 leviers à tester cette semaine.
Mais avant, si ce contenu t’intéresse, n’oublie pas de t’abonner
D’abord, on pose le vocabulaire
Une grande partie du problème, c’est qu’on appelle “stress” trois choses différentes. Et tant qu’on ne sait pas laquelle on vit, on ne sait pas quoi faire avec.
Le stress.
Une réaction physiologique à un évènement qui est là, maintenant. Tu passes une présentation, tu fais une compet, ton môme se prend les pieds dans le tapis. Ton corps réagit, puis ça passe.
L’anxiété.
Du stress par anticipation. Tu stresses pour un truc qui pourrait arriver, qui n’existe pas encore, qui n’est qu’une projection dans ta tête. Pas un évènement réel. Une lecture du futur.
L’angoisse.
Quand cette anxiété devient physique. Boule au ventre, gorge serrée, cœur qui s’emballe. Le corps qui paie pour ce que la tête imagine.
Trois mots, trois choses différentes. Et plus ton vocabulaire est précis, plus tu peux agir dessus.
Ça vaut pour tes émotions.
Ça vaut aussi pour tes douleurs. On y reviendra.
Le stress aigu, c’est ton meilleur allié
Le stress aigu, c’est celui qui dure 30 secondes à quelques heures. C’est celui qu’on a hérité de l’époque où on était des putains de singes dans la jungle, et où la seule question du matin c’était : est-ce que je passe la journée.
Pas les impôts, pas la voiture, pas la séance ratée du jeudi. Un tigre, ou pas de tigre. Cours, ou meurs.
Dans ces moments-là, ton corps fait des trucs incroyables :
Ta fréquence cardiaque monte
Tes muscles se chargent en glucose
Ton cerveau devient plus rapide, plus lucide, plus décisionnaire
Ta perception de la douleur baisse
Pendant la guerre du Vietnam, on a vu des soldats touchés courir vers les hélicoptères avec leurs INTESTINS (OUI !) sur les bras, sans rien sentir, jusqu’à atteindre la zone safe. L’adrénaline coupe le signal. Le corps fait le boulot. Tu ressens après.
C’est ce mécanisme qui te fait porter un chien de 30 kg quand tu te croyais finie.
C’est ce mécanisme qui te fait péter ton record au snatch un mardi soir où t’avais pas envie.
C’est ce mécanisme qui te fait rentrer en flow sur un WOD ou sur un projet où tu te dépasses sans comprendre comment.
Le stress, par essence, n’est pas une mauvaise chose par essence. C’est une réponse d’adaptation. Et comme tout en physiologie : c’est la dose qui fait le poison.
Le stress chronique, c’est l’inverse exact
Aujourd’hui, nous sommes toujours des singes, mais des singes civilisés. Notre cerveau, lui, n’a pas reçu la mise à jour. Il est resté à l’époque des troupeaux et des tigres.
Et il déclenche encore ses circuits d’urgence pour des choses qui ne sont pas des tigres.
Pour les impôts. Pour le mail du boulot pas encore envoyé. Pour la séance du lendemain qui te fait peur parce que ton coude tire. Pour la compétition dans trois semaines.
Sauf que dans la jungle, le stress durait 30 secondes. Aujourd’hui, ces “tigres modernes” ne partent jamais. Ils restent en fond, en seconde tâche, en bruit permanent.
Et là, on bascule.
Stress aigu, utile, qui passe → stress chronique, délétère, qui s’installe.
Ce qui se passe alors dans ton corps : 4 boucles qui s’auto-entretiennent

1. La boucle neurohormonale.
Cortisol et adrénaline en continu. Ton système est en alerte H24, même quand tu dors. Surtout quand tu dors.
2. La boucle neuromusculaire.
Tes muscles restent contractés, parce que c’est le mode “prêt à fuir”. Serre ton biceps maintenant et tiens-le serré pendant dix minutes. Tu vas devenir raide, tu vas avoir du mal à le relâcher, et tu vas commencer à avoir mal. Voilà ce que font tes trapèzes, tes lombaires, tes mâchoires en stress chronique.
3. La boucle respiratoire.
Tu respires haut, par la cage thoracique. Ce qui renvoie au cerveau le signal “danger”. Et ton cerveau ne fait pas la différence entre le signal et la cause. Donc il s’auto-confirme. Plus tu respires par le torse, plus il te stresse.
4. La boucle cerveau-comportement.
Tu commences à avoir peur du mouvement, tu anticipes négativement, tu évites. L’évitement entretient la douleur. La douleur entretient l’évitement.
Et le truc le plus pervers : ton seuil de douleur baisse
Le stress chronique abaisse ta tolérance à la douleur. Concrètement, ton système nerveux devient plus sensible.
Ce qui ne te faisait rien avant te fait mal maintenant.
Et la douleur, à son tour, augmente le stress.
Tu rentres dans une boucle. Douleur → stress → douleur → stress.
Plus tu stresses, plus t’as mal. Plus t’as mal, plus tu stresses.

Ton sommeil paye l’addition
Pour bien dormir, ton parasympathique doit prendre le dessus la nuit. Si ton sympathique reste élevé, tu rentres moins profondément dans :
Le sommeil profond, là où ton corps libère l’hormone de croissance qui répare tes tissus.
Le sommeil paradoxal, là où ton cerveau range tes émotions de la journée.
Résultat : tu récupères moins physiquement, moins mentalement, et tu repars le lendemain avec une dette qui s’ajoute à celle de la veille.
Pourquoi ça frappe les sportifs encore plus fort
Toi, t’as deux charges qui s’additionnent.
La charge physique de tes entraînements. Aiguë (la séance d’aujourd’hui) et chronique (l’accumulation des dernières semaines).
La charge psychologique de ta vie. Boulot, enfants, compétition qui approche, peur de la blessure.
Ton corps les voit comme une seule charge. Il ne distingue pas le stress d’une réunion tendue du stress d’un AMRAP.
C’est le même cortisol qui sort.
Et c’est là que les sportifs se font avoir : ils croient compenser le stress du boulot en mettant plus de sport. Sauf que pour le système nerveux, c’est pas de la compensation. C’est de l’addition.
Tu finis ta journée tendue, tu vas à la salle pour “te défouler”, et tu rajoutes une charge sur un système déjà saturé. La séance qui aurait dû te faire du bien rentre dans le tas avec le reste. Et le lendemain, t’as plus mal, tu dors plus mal, t’es plus à cran.
C’est pour ça qu’Emma, une accompagnée Phoenix dont le témoignage est sur la page de vente, s’est retrouvée bloquée. Elle s’entraînait tous les jours. Pas de jour off. Pas un.
Le système ne redescendait jamais.
La charge s’accumulait, le stress chronique s’installait, et au bout d’un moment, le vase a débordé. Douleur. Anxiété. Sommeil pourri. Sentiment de stagner alors qu’elle bossait plus que jamais.
Si tu te reconnais dans ce schéma, regarde le sommeil. C’est presque toujours le premier signal qui lâche.
Tu commences à mal dormir, à te réveiller la nuit, à te sentir cramé au lever. Et l’instinct, c’est de te dire : “Je vais me dépenser plus, je vais m’épuiser, ça ira mieux.”
Non.
Si t’es déjà en stress chronique, t’en rajouter va te creuser un trou plus profond.
5 leviers pour casser le cercle cette semaine
1. Change le mot
Le levier le moins cher, et probablement le plus puissant.
Quand tu te dis “je suis stressé avant ma compé”, essaie “je suis impatient”.
Quand tu te dis “je suis tendu”, essaie “je suis prêt, mon corps s’active”.
Ce sont exactement les mêmes hormones, exactement les mêmes circuits nerveux. La seule différence, c’est ta lecture. Et ta lecture change la suite.
Plus ton vocabulaire est précis, plus tu peux décider du sens que tu donnes à ce qui se passe en toi.
2. Identifie ce que tu contrôles
Marc Aurèle écrivait là-dessus dans Pensées pour moi-même.
Tu peux agir sur ta respiration, ta technique, ton effort, ton sommeil, ton alimentation.
Tu peux pas agir sur le jugement des autres, sur l’avenir, sur ce que ton entraîneur va penser de ta séance ratée. (Mais tu peux agir sur ta façon de traiter ces informations)
Donne ton énergie à ce qui est dans ta zone. Ce qui n’y est pas, t’auras beau stresser dessus, ça changera rien.
3. Réduis la charge globale
Le plus dur pour un sportif, et le plus efficace :
Un vrai jour off par semaine. Vraiment off.
La récupération passe avant l’entraînement, pas après.
Manger correctement. Boire. Dormir.
C’est pas glamour et pourtant, c’est ce qui change tout.
4. Respire par le ventre, 5 à 10 minutes par jour
Pas du développement personnel, de la physiologie nerveuse.
Quand tu respires par le ventre, ton diaphragme stimule ton nerf vague. Le nerf vague active ton parasympathique. Ton parasympathique baisse ton cortisol.
Cinq minutes le matin. Cinq minutes le soir. Mécaniquement, ça descend.
5. Progresse par paliers de 10%
Si t’as pas couru depuis trois semaines, tu ne pars pas faire 15 km dimanche.
La règle, c’est d’augmenter la charge d’environ 10% par semaine. Pas plus.
Ton tissu s’adapte. Ton système nerveux s’adapte. Ton seuil monte.
Mais à la dose qu’il peut encaisser.
Bonus : si tu sens monter l’anxiété, bouge
L’anxiété est faite pour déclencher un mouvement de fuite ou de combat. C’est sa fonction biologique.
Si tu restes statique pendant que ton corps s’active, ça part en crise.
Si tu bouges, le système se décharge.
Marche. Cours. Va à la salle. Sors avec le chien.
J’te jure, c’est un des trucs qui change le plus de vies quand on l’applique vraiment.
Pour résumer
Le stress n’est pas ton ennemi. Sa permanence, oui.
Stress aigu, c’est ce qui te fait porter le chien. Stress chronique, c’est ce qui t’empêche de le promener.
Le sportif paye double : son cortisol ne distingue pas la réunion du AMRAP. Tout s’additionne.
Ton seuil de douleur n’est pas fixe. Il descend quand la charge globale monte. Il remonte quand tu lui laisses la place.
Cinq leviers, choisis-en un. Le truc le plus puissant que tu peux faire, c’est trier.
Le stress t’a permis de porter ton chien de 30 kg quand tu pensais plus pouvoir le faire.
C’est pas lui qu’il faut combattre.
C’est sa permanence.
La vraie question, c’est pas comment tu supprimes le stress de ta vie. C’est : quand est-ce que tu lui laisses la place de redescendre.
Ce que tu fais cette semaine
Choisis UN levier dans la liste. Un seul.
Teste-le 7 jours, à partir de demain matin.
Note ce qui change : sommeil, douleur, énergie, humeur.
Réponds-moi. Je lis tout :
Si cette édition t’a parlé, passe-la à quelqu’un qui traîne une douleur depuis trop longtemps. C’est le meilleur service que tu peux lui rendre cette semaine.
À dimanche, n’oublie pas que Tchié un Tigre et n’oublie pas de t’abonner
Jihair | Axone
Cet article a été publié initialement sur ma newsletter, Axone.
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